
Le diamant noir - Tanizaki est à mon sens un écrivain du calibre d Henry James ou de Proust. Le fait qu il écrive avec une extrême sobriété ne doit pas nous induire en erreur quant à la subtilité ni la valeur intrinsèque de son art. Svastika (paru en 1928) est un tableau de la passion amoureuse et de la mécanique de destruction de soi qu elle peut déclencher. Il consiste en un récit fait par la femme placée au centre de l intrigue à un homme auquel elle se confie. Ce témoin muet, absent et présent à la fois, est essentiel. Car le récit n offre aucune consolation, aucune promesse de rédemption, mais on ressent une forme de compassion (celle du témoin) pour l agitation futile des êtres, une compassion née du spectacle qu offre le contraste entre l intensité de leurs sentiments et le caractère fugitif et vain de leur existence. Flaubert disait que le grand art est scientifique et impersonnel. Rarement on a écrit avec une lucidité si grande au sujet de l égarement et de l impulsivité. Ce livre glacial sur le tumulte de la vie et le déréglement des sens est une manière de chef d oeuvre impeccable.
Fascinant - Se plonger dans les relations humaines au Japon est toujours déroutant, en particulier dans l entre-deux guerres. Mais l époque n a en fait pas d importance. Seuls comptent les rapports ambigus entre les personnages, relations d attirance, de répulsion, de crainte, de haine et, bien sûr de passion. L érotisme est réel mais jamais exposé directement, seulement par le biais d un corps qui se laisse dénuder. Le style est sobre, concis. Mais, ces échanges semblent aussi bien éloignés de ma mentalité d occidental !
Liaisons dangereuses au pied du Mont Fuji - Ne vous fiez pas au titre de ce roman japonais de la plus pure tradition.Que dire de cette sorte de spirale fatale dans laquelle s enfoncent progressivement les protagonistes, que dire de ces relations entre hommes et femmes, qui nous paraissent si différentes, à nous occidentaux?L auteur ne s embarasse pas de fioritures. Dans un style presque dépouillé, assez factuel en apparence, il place d emblée trois personnages qui entremêlent leurs destins avant d y adjoindre rapidement le quatrième protagoniste principal qui déclenchera la spirale infernale.Comme dans les bons films, il ne faut pas négliger les seconds rôles.Il y a du Kawabata dans ce livre qui dépeint si bien la difficulté d aimer et d être aimé, il y a du Kundera pour la complexité et la perversité des relations interpersonnelles, il y a du Mishima pour la danse entre art et mort.Un livre que tout amateur de la littérature japonaise devrait avoir lu.Le plus: ce livre du début du XXème siècle, place les équipements modernes (train, auto, etc..) presque comme un second rôle. C est amusant aujourd hui, mais (encore en référence à Kawabata et la place des voyages en train dans ses livres) il semble que l arrivée du train fût aussi l arrivée de nouveaux rapports humains débarassés de la tradition au Japon. Les nombreuses évocations des passages ou hésitations entre costumes traditionnels et occidentaux procèdent probablement de cette même logique.Enfin, une pensée pour les lesbiennes, amours si subtilement évoqués, dans cet ouvrage.
Un véritable maître - A part Quatre soeurs que j ai moins aimé, j ai lu tous les romans du volume et j ai adoré.Cet auteur est absolument fabuleux et machiavélqiue, ses personnages s enferrent dans des situations complexes dont ils ne savent plus se dépêtrer et au passage, ils illustrent une certaine conception du Japon et de sa modernité. Je préfère cet auteur à Mishima ou à Kawabata, ce dernier paraît même fortement ennuyeux comparé à Tanizaki.
Diabolique! - Ce roman est d une diabolique efficacité.Tanizaki nous entraîne dans une histoire de passion destructrice où les personnages se manipulent tour à tour pour pouvoir jouir de l objet de tous les désirs, la belle et dangereuse Mitsuko. Le lecteur est le spectateur des mensonges, des complots, des lubies de ces personnages qui abandonnent toute leur dignité à leur obsession d une telle façon qu on les croirait possédés.La passion malsaine décrite ici ne nous rend pas les personnages sympathiques et en particulier la narratrice mais on se surprend à aimer les mépriser(plaisir sadique du lecteur) et on ne peut s empecher de vouloir connaître le fin mot de l histoire.On retrouve dans ce roman les thèmes chers à Tanizaki et au Japon : la beauté, la pervérsité, la folie, le masochisme, tout cela écrit avec une habileté extraordinaire (excellente traduction par ailleurs) et une construction narrative parfaite.